JE SAIS / Publication
for
Ephéméride
by Franc' Pairon

"Tout a commencé par un atelier d’écriture avec Laurence Vielle. J’y ai découvert Ito Naga et son livre Je sais. Aussi l’envie m’est venue de demander à un cercle de femmes et à un cercle d'hommes de partager leurs certitudes ou incertitudes.
Quelle joie de recevoir ces textes écrits à l’aube, de jour ou au milieu de la nuit. J’ai perçu combien mettre des mots par écrit sur ce que l’on vit, ressent, perçoit, est paniquant. La parole est plus libre mais elle s’envole.
Les voici. Ils se déroulent les uns à la suite des autres suivant leur ordre d’arrivée. Merci à vous." 


Franc’ Pairon.



PUBLICATION /

JE SAIS 15-30 mars 2022 / Femmes.

JE SAIS 7-22 avril 2022 / Hommes.

Compilations réalisées par Franc' Pairon.


FORMAT /

10,5 x H 15 cm.

2 x 28 pages.

Impression noir sur papier 80 gr.

"Je sais par cœur mes trous de mémoire."


Je sais qu’à Belleville, les 10 novembre, un Martin-pécheur se confesse à 16 heures.


Je sais que le sommeil, parfois, lui aussi, se repose et dort d’un lui-même profond. Il noie sa lourde tête dans les courbes abyssales d’un oreiller d’Orient, panse de lointains rêves d’ambre, d’or et de sable marchand.


Je sais, je sais, nul ne sert de me le dire, je sais que rien ne sert de partir, il faut courir à point.


Je sais, je sais que les oiseaux volent et planent haut afin de surplomber nos vanités.


Je sais que, dans le jardin du printemps, à la forte branche d’un marronnier, oscille au gré du temps une vieille balançoire imprimant dans son mouvement le souvenir des enfants devenus grands. Les jours passent et s’en balancent.


Je sais, je sais, je sais que notre savoir ne dépasse guère la frontière de notre capacité neurologique d’Homo sapiens.


Je sais que les corolles des fleurs sauvages, le soir, se referment dans une mécanique horlogère, diaphragme qui protège leur cœur d’étamines des abeilles-garous.


Je sais par cœur mes trous de mémoire.


Je sais que, pris de vertige, mon sang bouillonne lorsque je grimpe à tes jambes. Ivresse des sommets, feu éternel. Amplitude de cent degrés, ébullition de ta géométrie.


Je sais que, de branche en branche, les écureuils, du bout de leurs noisettes d’yeux, Tchaïkovskisent leur équilibre de leur large plumeau balancier.


Je sais que le verbe savoir se conjugue uniquement au présent.

Je sais qu’à présent il me reste à savoir avoir le savoir.


Je sais que, le soir sur Antenne 2, exténuées, les fourmis Linepithema humile zyeutent un reportage sur le déclin des civilisations humaines.


Je sais me laisser porter sur le dos de notre terre ronde, étendu tangent à sa courbe, effleurant sa peau de verdure, insouciant et confiant. Comme un nourrisson endormi et baladé sur le dos de sa mère.


Je sais que, jadis, d’après des récits d’anthropologie animalière, à leur heure, les loups se prirent parfois pour des phoques. Ce, bien avant Darwin, dont les théories étaient loin d’être loufoques.


Je sais, je sais qu’il est moins le quart, moins le quart d’une heure indécise dans la relativité du temps.


Je sais qu’entre Calais et Douvres, des migrants font la manche.

Je sais qu’il est douteux de savoir que l’on croit savoir.

Je sais que le silence peut faire du bruit.

Je sais, je sais que tu m’attends là, à la sortie de la gare, un quelconque 18 août.

Je ne sais quel langage ont les fleurs lorsque, de leur pâle robe de soie, du bout de leurs pétales, bourdonnent leurs chants mielleux au matin printanier.

Je ne sais quelle pâleur prend la lune lorsqu’elle embrasse les marées, et laisse traîner son reflet d’argent aux poissons voyeurs.

Je ne sais si demain nous laisserons nos téléphones causer et twitter entre eux. Nous nous évaderons loin de leurs champs de lithium et reprendrons nos voltiges de postillons dialoguant de liberté et du chant des oiseaux.

Je sais que Jean Gabin…

Je sais la nonchalance des collines toscanes face aux terrils du Nord.

Je sais que tout là-haut, dans le noir sidéral, comme un enfant sournois et cruel, de son épaisse loupe concave, le soleil joue à concentrer ses rayons sur le dos de nos foules où fourmillent nos brûlures.

Je sais de façon incommensurable les parfums enivrants des glycines aériennes des printemps de Milan.

Je sais qu’à force de boutonner et reboutonner son chandail pure laine, le loup devient berger.





Jean-François D'Or.

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